
Sarah
A 15h55, le temps s’est d’abord arrêté. Mon corps prenait l’espace : le cou, les genoux, les jambes et mes bras. Je ressentais les palpitations de mon cœur qui résonnaient dans ce caisson de bois. La veille pouvait commencer. Comme dans un film, le paysage et ses protagonistes vivaient sous mon regard. Un paysage de 3 décors : le terrain de basket, les jardins partagés et plus loin, les immeubles, sans oublier le soleil, maître de cette symphonie qui se jouait pour l’espace d’une heure. Les dernières feuilles de cette fin d’automne me surprenaient à s’abattre lourdement sur ma petite maison. Je me retournais à l’écoute de celles-ci, croyant croiser le regard de quelqu’un. Mais ce n’était qu’elles se disant bonjour. J’étais alors hypervigilante et m’attendrissais pour ces personnes, inconnues d’un présent éternel. C’était ce joueur de basket que j’avais croisé blessé dans les toilettes de la mairie, se fabriquant un pansement de fortune avec du scotch. Je veillais sur lui alors durant une heure, l’observant marquer des paniers encore et encore malgré la douleur. C’était aussi ce jardinier amateur et heureux de faire et d’être dans sa tâche. Entre deux grandes respirations conscientes, mon corps s’alourdissait mais mon cœur était comme apaisé, calme. Étais-je vu ? Ou comme un fantôme, uniquement par les plus sensibles d’entre nous ? Sensible et calme. Là est peut-être le secret que seuls les plus veilleurs d’entre nous sauront être. Ils nous disent : "Encore ! Veillez !"