
Nicola
D’abord, l’excitation. D’y être, enfin. Dans cette boîte de conserve, bloqué sans eau ni papier pour une heure. Quelle drôle d’idée...
L’excitation passe étouffée par une chaleur que même le mois de mars n’effraie plus de nos jours. Il faut dire que la boîte est un complice tout trouvé. Ensemble, le bois et le soleil me rappellent les heures torrides de mon enfance passées dans la cabane au fond du jardin. L’odeur surtout : c’est la même. Cette odeur de bois chaud. Comme si c’était hier. Et puis la lumière. Pas un nuage, rien qu’un éclat pernicieux déterminé à me fermer les yeux. J’obtempère. Ne suis-je pourtant pas là pour regarder le soleil se faire sa toilette quotidienne ? Voyons ce qu’il me reste une fois aveugle.
La chaleur.
Elle m’enveloppe tout entier, je la sens contre ma peau, je la sens dans mes narines quand je respire et sur ma langue quand je m’humecte les lèvres. Une chaleur qui donne envie de partir, mais je n’ai pas le droit : j’ai promis au soleil de lui conter une histoire pour l’endormir. Alors j’apprends à aimer la caresse asphyxiante de la chaleur.
Le crépuscule arrive. L’éclat du jour décline, je peux ouvrir les yeux et nourrir des idées sauvages : et s’il était possible de deviner l’humeur de notre étoile rien qu’à la voir ? Je l’ai trouvée pernicieuse, je l’ai dit. En le regardant, c’est le premier mot qui me soit venu. Un mot que je n’utilise jamais.
Une heure. Je pense à mon accompagnatrice, que fait-elle ? Sûrement qu’elle a une heure à tuer. Une heure qui doit lui sembler plus courte qu’à moi ! Mon heure est plus longue que la sienne : c’est parce que je ne tue pas le temps. Je le laisse vivre. Et si l’oisiveté était le meilleur moyen de ne pas perdre son temps ? A condition de le dilapider en pleine conscience.
Là bas, le soleil s’est lassé de mes drôleries, il s’éclipse. J’allais parler de repos, quel ingrat ! Il s’en va en éclairer d’autres.
Alors ne me reste plus que la muraille urbaine en forme de château fort. Le soleil aurait duré quelques minutes de plus si une façade ne l’avait pas avalé : la ville n’a pas seulement mangé l’horizon, elle a aussi raccourci le jour. Que de temps perdu ?