Témoignages

Année #3

Grand Parc de Saint-Ouen, du 15/12/24 au 15/12/25

Nicola

jeudi 27 mars 2025 à 18 h 14

D’abord, l’exci­ta­tion. D’y être, enfin. Dans cette boîte de conserve, bloqué sans eau ni papier pour une heure. Quelle drôle d’idée...
L’exci­ta­tion passe étouffée par une cha­leur que même le mois de mars n’effraie plus de nos jours. Il faut dire que la boîte est un com­plice tout trouvé. Ensemble, le bois et le soleil me rap­pel­lent les heures tor­ri­des de mon enfance pas­sées dans la cabane au fond du jardin. L’odeur sur­tout : c’est la même. Cette odeur de bois chaud. Comme si c’était hier. Et puis la lumière. Pas un nuage, rien qu’un éclat per­ni­cieux déter­miné à me fermer les yeux. J’obtem­père. Ne suis-je pour­tant pas là pour regar­der le soleil se faire sa toi­lette quo­ti­dienne ? Voyons ce qu’il me reste une fois aveu­gle.
La cha­leur.
Elle m’enve­loppe tout entier, je la sens contre ma peau, je la sens dans mes nari­nes quand je res­pire et sur ma langue quand je m’humecte les lèvres. Une cha­leur qui donne envie de partir, mais je n’ai pas le droit : j’ai promis au soleil de lui conter une his­toire pour l’endor­mir. Alors j’apprends à aimer la caresse asphyxiante de la cha­leur.
Le cré­pus­cule arrive. L’éclat du jour décline, je peux ouvrir les yeux et nour­rir des idées sau­va­ges : et s’il était pos­si­ble de devi­ner l’humeur de notre étoile rien qu’à la voir ? Je l’ai trou­vée per­ni­cieuse, je l’ai dit. En le regar­dant, c’est le pre­mier mot qui me soit venu. Un mot que je n’uti­lise jamais.

Une heure. Je pense à mon accom­pa­gna­trice, que fait-elle ? Sûrement qu’elle a une heure à tuer. Une heure qui doit lui sem­bler plus courte qu’à moi ! Mon heure est plus longue que la sienne : c’est parce que je ne tue pas le temps. Je le laisse vivre. Et si l’oisi­veté était le meilleur moyen de ne pas perdre son temps ? A condi­tion de le dila­pi­der en pleine cons­cience.
Là bas, le soleil s’est lassé de mes drô­le­ries, il s’éclipse. J’allais parler de repos, quel ingrat ! Il s’en va en éclairer d’autres.

Alors ne me reste plus que la muraille urbaine en forme de châ­teau fort. Le soleil aurait duré quel­ques minu­tes de plus si une façade ne l’avait pas avalé : la ville n’a pas seu­le­ment mangé l’hori­zon, elle a aussi rac­courci le jour. Que de temps perdu ?

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