
Nadège
Dès l’entrée dans l’abri, la lumière chaude de cette fin d’après-midi m’envahit. Je me poste devant la vitre, telle une sentinelle, je commence à observer la nature devant moi, les jardins partagés, ces arbres, les jeunes qui jouent au basket. Au loin, deux silhouettes s’avancent... au ralenti. Le temps ne s’écoule pas de la même façon dans l’objet abri. La vitesse, l’espace, ne sont pas perçus comme dans notre vie quotidienne. Prendre une heure pour veiller sur la ville, c’est faire l’éloge de la lenteur. Arrêter sa vie à quelques instants pour communier avec l’extérieur. La fumée des usines surplombe le parc, les nuages défilent, ça donne un côté chaleureux et poétique. Les immeubles ont une belle architecture, les oiseaux viennent habiter les petites cabanes en bois des jardins, partout il y a la vie.
Même en hiver, à 0 degré, ce lieu fait chaud au cœur, on se sent incroyablement vivant ici. Le cadre lumineux se reflète à l’infini sur les vitres. D’où qu’on regarde, on se voit "au centre" de la ville, dans ce cadre, comme si on faisait partie d’un ensemble, qu’on était reliés à l’humanité. Je guette d’un bout à l’autre de l’abri, toujours entourée de ces "halos" lumineux, entourée d’un côté de la rue bruyante et de l’autre de l’aire du parc paisible. Le yin et le yang. De temps en temps des gens approchent, curieux, l’œuvre interroge. Peut-être de futurs veilleurs ! Je suis seule dans ma bulle, et pourtant je me sens infiniment reliée, plus besoin de réfléchir, de chercher un sens. Juste d’être et de se sentir exister.