Témoignages

Année #3

Grand Parc de Saint-Ouen, du 15/12/24 au 15/12/25

Mathilde

mardi 18 mars 2025 à 18 h 00

Tout était fait pour que je passe un bon moment. Sur le papier. Le ciel est com­plé­te­ment dégagé, il fait beau, une pre­mière jour­née chaude du prin­temps. J’adore me perdre dans un pay­sage, passer des heures à contem­pler, à médi­ter. Je regarde régu­liè­re­ment ce parc depuis un an que j’habite à Saint-Ouen.
Et pour­tant.
J’ai passé une expé­rience désa­gréa­ble.
Je me suis sentie en insé­cu­rité tout du long pour dif­fé­ren­tes rai­sons. Tout d’abord confier mon télé­phone et mes clefs à un inconnu dans une cave sans que per­sonne de mon entou­rage ne sache ou je suis.
Entrer dans une boite qui n’est pas fermée et qui n’a qu’une seule issue de sortie.
Un homme se place en face de moi et imite tous mes gestes pen­dant plu­sieurs minu­tes. Pourquoi veut-il que je lui réponde ? Pourquoi ne se contente-t-il pas de mon silence ? Pourquoi cette igno­rance l’excite ?
Mes yeux sont tour­nés vers le parc mais mes oreilles sont tour­nées vers le fond de la boite. J’écoute les bruits de la rue, les remar­ques des pas­sants, les cris des enfants, les pas des curieux sur les pre­miè­res plan­ches de la struc­ture.
Je me tourne, l’homme est là, il essaye de me parler, il me fait des signes, il insiste.
Mon hyper vigi­lance se trans­forme en peur. Et s’il ren­trait ? Et s’il me sui­vait jusqu’à chez moi ?
Une femme finit par lui dire de me lais­ser tran­quille, il met encore un moment avant de partir. Je suis en colère. Je suis en colère de me sentir aussi vul­né­ra­ble. Je pen­sais que la pos­ture de veilleur me don­ne­rait une posi­tion de force. C’était tout le contraire. Je suis en colère de ce sen­ti­ment d’insé­cu­rité auquel les femmes sont confron­tées. Je regarde ce parc, ces jar­dins cette ville et ce soir je les hais. Je suis reconnais­sante envers cette femme qui m’a veillée.

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