
Mathilde
Tout était fait pour que je passe un bon moment. Sur le papier. Le ciel est complétement dégagé, il fait beau, une première journée chaude du printemps. J’adore me perdre dans un paysage, passer des heures à contempler, à méditer. Je regarde régulièrement ce parc depuis un an que j’habite à Saint-Ouen.
Et pourtant.
J’ai passé une expérience désagréable.
Je me suis sentie en insécurité tout du long pour différentes raisons. Tout d’abord confier mon téléphone et mes clefs à un inconnu dans une cave sans que personne de mon entourage ne sache ou je suis.
Entrer dans une boite qui n’est pas fermée et qui n’a qu’une seule issue de sortie.
Un homme se place en face de moi et imite tous mes gestes pendant plusieurs minutes. Pourquoi veut-il que je lui réponde ? Pourquoi ne se contente-t-il pas de mon silence ? Pourquoi cette ignorance l’excite ?
Mes yeux sont tournés vers le parc mais mes oreilles sont tournées vers le fond de la boite. J’écoute les bruits de la rue, les remarques des passants, les cris des enfants, les pas des curieux sur les premières planches de la structure.
Je me tourne, l’homme est là, il essaye de me parler, il me fait des signes, il insiste.
Mon hyper vigilance se transforme en peur. Et s’il rentrait ? Et s’il me suivait jusqu’à chez moi ?
Une femme finit par lui dire de me laisser tranquille, il met encore un moment avant de partir. Je suis en colère. Je suis en colère de me sentir aussi vulnérable. Je pensais que la posture de veilleur me donnerait une position de force. C’était tout le contraire. Je suis en colère de ce sentiment d’insécurité auquel les femmes sont confrontées. Je regarde ce parc, ces jardins cette ville et ce soir je les hais. Je suis reconnaissante envers cette femme qui m’a veillée.