Témoignages

Année #3

Grand Parc de Saint-Ouen, du 15/12/24 au 15/12/25

Mathieu

lundi 22 septembre 2025 à 07 h 37

Depuis la mort de ma mère le 7 juin der­­nier, je dors moins, et je me lève très tôt, vers six heures, alors je ne ris­quais pas de man­­quer le réveil pour venir veiller, mais je me deman­­dais com­­ment allait passer cette heure vide : évidemment elle était pleine à cra­­quer.
Il y a bien sûr toutes les sen­­sa­­tions du corps, qui cher­­che sans cesse sa pos­­ture, un équilibre qui est en fait un désé­­qui­­li­­bre cons­tam­ment retenu, balancé, un léger tra­­vail cons­­tant.
Et puis il y a ce qu’on entend et ce qu’on voit.
On veille sur la ville et ses habi­­tant·es, mais on en voit peu. Côté rue, quel­­ques pas­­sant·es, et sur­­tout la file inin­ter­rom­pue des voi­­tu­­res qui pas­­sent, on se demande à quoi s’occupe l’huma­­nité, qui veut vrai­­ment ça.
Et côté jardin, per­­sonne : les immeu­­bles, la fumée des che­­mi­­nées, c’est tout. Mais les oiseaux.
La lumière de l’abri se reflète dans la vitre et der­­rière dans le ciel et dans les jar­­dins en rec­­tan­­gle ima­­gi­­naire tracé autre­­fois par les ora­­cles anti­­ques, et qu’ils appe­­laient le ’tem­­plum’, le temple, c’est-à-dire l’espace dans lequel le vol des oiseaux prend le sens d’une pro­­phé­­tie.
Ce matin, pigeons, ramiers, pies, merles, moi­­neaux, cor­­neilles, étourneaux, et ceux du fleuve, des mouet­­tes, un cor­­mo­­ran, tous étaient là, aussi affai­­rés que des humains. Je ne suis pas augure, je ne sais pas inter­­pré­­ter leurs vols dans le ’tem­­plum’ de l’abri, mais le sens géné­­ral était évident ce matin : nous sommes de pas­­sage et il faut aimer.

Merci pour tout !

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