
Mathieu
Depuis la mort de ma mère le 7 juin dernier, je dors moins, et je me lève très tôt, vers six heures, alors je ne risquais pas de manquer le réveil pour venir veiller, mais je me demandais comment allait passer cette heure vide : évidemment elle était pleine à craquer.
Il y a bien sûr toutes les sensations du corps, qui cherche sans cesse sa posture, un équilibre qui est en fait un déséquilibre constamment retenu, balancé, un léger travail constant.
Et puis il y a ce qu’on entend et ce qu’on voit.
On veille sur la ville et ses habitant·es, mais on en voit peu. Côté rue, quelques passant·es, et surtout la file ininterrompue des voitures qui passent, on se demande à quoi s’occupe l’humanité, qui veut vraiment ça.
Et côté jardin, personne : les immeubles, la fumée des cheminées, c’est tout. Mais les oiseaux.
La lumière de l’abri se reflète dans la vitre et derrière dans le ciel et dans les jardins en rectangle imaginaire tracé autrefois par les oracles antiques, et qu’ils appelaient le ’templum’, le temple, c’est-à-dire l’espace dans lequel le vol des oiseaux prend le sens d’une prophétie.
Ce matin, pigeons, ramiers, pies, merles, moineaux, corneilles, étourneaux, et ceux du fleuve, des mouettes, un cormoran, tous étaient là, aussi affairés que des humains. Je ne suis pas augure, je ne sais pas interpréter leurs vols dans le ’templum’ de l’abri, mais le sens général était évident ce matin : nous sommes de passage et il faut aimer.
Merci pour tout !