Témoignages

Année #3

Grand Parc de Saint-Ouen, du 15/12/24 au 15/12/25

Martin

dimanche 31 août 2025 à 07 h 06

J’ai veillé sur le Grand Parc des Docks ce diman­che 31 août matin, et contrai­re­ment à ce que je pen­sais, je n’étais pas le seul. Dès mon arri­vée, j’ai été accueilli (et scruté) par deux gran­des tours de veille ; notre trio for­mant un trian­gle. L’une, à gauche, avait une petite houp­pette et des yeux très écartés lui don­nant un aspect bien­veillant, sur­tout en com­pa­rai­son de sa jumelle, à droite, tout aussi lon­gi­li­gne mais dont les yeux rouges très rap­pro­chés figu­raient un regard répro­ba­teur. La fumée à sa droite lais­sait ima­gi­ner un feu de camp à ses pieds pour l’aider à rester alerte pen­dant sa garde conti­nue.
Tout autour, de nom­breux autres bâti­ments veillaient de tous leurs yeux (chacun recou­vert de cen­tai­nes d’entre eux) ; mais à ma gauche, l’un d’eux avait des yeux jaunes per­çants, cons­tam­ment éclairés, bien que la lumière du jour les estompe petit à petit.
Sur la vitre devant moi, des gros­ses gout­tes de rosée veillaient également, sub­ju­guées et immo­bi­les, et for­maient pour mes yeux des cons­tel­la­tions sur le ciel nua­geux, pour me lais­ser admi­rer les étoiles. La pluie, douce, a d’abord créé de nou­vel­les étoiles filan­tes sur le pay­sage de ma vitre, avant d’éparpiller de nou­vel­les cons­tel­la­tions avec des mil­liers de minus­cu­les étoiles.
D’autres veilleurs inter­mit­tents son­daient le parc, tout seuls ou en esca­dron, et même quand je ne les voyais pas, je savais leur pré­sence par leurs légers gazouillis dans mon dos.
Dans le parc, les arbres endor­mis ondu­laient légè­re­ment, mimant mes pro­pres mou­ve­ments, tandis que les fleurs éoliennes des jar­dins saluaient l’arri­vée de chaque nou­veau veilleur, en col­la­bo­ra­tion avec le vent.
Enfin, un autre veilleur humain s’est plu­sieurs fois pré­senté à ma droite, sem­blant veiller tant sur le parc que sur moi.
Cela amène jus­te­ment à la ques­tion de qui veille sur le veilleur, et à vous pré­sen­ter celui que j’ai sur­nommé "mon enca­drant". Ce rec­tan­gle de lumière était en effet tant un cadre que je ne pou­vais que cacher sans le dépas­ser ; qu’un guide pour me pro­po­ser des cadra­ges sur le pay­sage ; et ; si je m’oubliais dans la contem­pla­tion, je savais que je pou­vais aller sous sa lumière pour me rap­pe­ler mon visage, grâce au reflet qu’il m’offrait.
Comme tout bon enca­drant, malgré sa pré­sence conti­nue (et mul­ti­ple), il savait s’effa­cer de mon regard lors­que je n’en avais plus besoin.
Ainsi, j’ai veillé sur le Grand Parc des Docks mais je n’étais pas seul.

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