
Martin
J’ai veillé sur le Grand Parc des Docks ce dimanche 31 août matin, et contrairement à ce que je pensais, je n’étais pas le seul. Dès mon arrivée, j’ai été accueilli (et scruté) par deux grandes tours de veille ; notre trio formant un triangle. L’une, à gauche, avait une petite houppette et des yeux très écartés lui donnant un aspect bienveillant, surtout en comparaison de sa jumelle, à droite, tout aussi longiligne mais dont les yeux rouges très rapprochés figuraient un regard réprobateur. La fumée à sa droite laissait imaginer un feu de camp à ses pieds pour l’aider à rester alerte pendant sa garde continue.
Tout autour, de nombreux autres bâtiments veillaient de tous leurs yeux (chacun recouvert de centaines d’entre eux) ; mais à ma gauche, l’un d’eux avait des yeux jaunes perçants, constamment éclairés, bien que la lumière du jour les estompe petit à petit.
Sur la vitre devant moi, des grosses gouttes de rosée veillaient également, subjuguées et immobiles, et formaient pour mes yeux des constellations sur le ciel nuageux, pour me laisser admirer les étoiles. La pluie, douce, a d’abord créé de nouvelles étoiles filantes sur le paysage de ma vitre, avant d’éparpiller de nouvelles constellations avec des milliers de minuscules étoiles.
D’autres veilleurs intermittents sondaient le parc, tout seuls ou en escadron, et même quand je ne les voyais pas, je savais leur présence par leurs légers gazouillis dans mon dos.
Dans le parc, les arbres endormis ondulaient légèrement, mimant mes propres mouvements, tandis que les fleurs éoliennes des jardins saluaient l’arrivée de chaque nouveau veilleur, en collaboration avec le vent.
Enfin, un autre veilleur humain s’est plusieurs fois présenté à ma droite, semblant veiller tant sur le parc que sur moi.
Cela amène justement à la question de qui veille sur le veilleur, et à vous présenter celui que j’ai surnommé "mon encadrant". Ce rectangle de lumière était en effet tant un cadre que je ne pouvais que cacher sans le dépasser ; qu’un guide pour me proposer des cadrages sur le paysage ; et ; si je m’oubliais dans la contemplation, je savais que je pouvais aller sous sa lumière pour me rappeler mon visage, grâce au reflet qu’il m’offrait.
Comme tout bon encadrant, malgré sa présence continue (et multiple), il savait s’effacer de mon regard lorsque je n’en avais plus besoin.
Ainsi, j’ai veillé sur le Grand Parc des Docks mais je n’étais pas seul.