
Léa
Peu d’habitants l’auront noté : ce soir Saint-Ouen est ensoleillé avec quelques nuages denses et moelleux. Ils se fondent à la cheminée qui crache elle aussi, une épaisse vapeur.
Je pensais veiller sur les habitants et je me suis finalement trouvée là : devant cet immense carré de verdure, encerclé par des immenses immeubles.
L’impression d’être convié à une grande réunion de gratte-ciels, curieux de découvrir la nouvelle arrivante. Plus petite, une seule place ici !
Je me hisse et bombe le torse pour paraître aussi grande que la tour longiligne qui me fixe de ses deux yeux rouges. On ne sait plus qui surveille qui. Je me sens "immeuble", apprentie tout du moins. Je les regarde plus que les arbres. Ils ont ma fascination toute entière. Eux qui habitent tant de monde. Des ventres bien remplis. Voilà que les nuages couvrent le ciel. Les habitants allument les petits carrés qui me font face. Je pourchasse la fenêtre qui s’allume comme on espère une étoile filante. Je vois le reflet de ma silhouette se détacher de la vitre. Je respire l’odeur du bois, du pin. J’ai à peine remarqué la musique orientale qui s’échappait d’un ampli au loin.
Je me suis souvenue d’une phrase qui prend alors tout son sens : "Le temps est plus important que l’heure."