
Lamia
Dimanche, dernière veille sur Saint-Ouen dans les Docks.
Dans un espace en bois fermé, je regarde le soleil se lever avec comme compagnie une araignée qui, comme en écho, fait une danse improvisée sur la vitre. Plusieurs émotions me traversent dans cet espace, ce territoire qui ne m’est pas vraiment inconnu : sous le lieu où je me trouve, souvenir des anciens jardins ouvriers, souvenir du copain ouvrier chez Alstom qui chaque dimanche nous régalait de ses talents culinaires.
Souvenir du lieu où je suis en train d’écrire, qui était une cantine municipale et qui nous proposait des plats gouteux pour des prix raisonnables. Souvenir des anciens terrains de tennis où pendant la pause nous allions taper dans la balle.
Les strates de quelques tranches de ma vie sont là avec l’idée que le temps passe et que tout se transforme. Le vent se lève puis garde le silence. À l’esprit me vient une chanson que tout immigré qui se respecte se doit de connaître : "je ne suis pas d’ici, c’est juste le bateau qui m’a ramené là".
Moi je dis, je suis finalement d’ici et j’y ai toute ma place à l’aube de mes 63 ans.