Témoignages

Année #3

Grand Parc de Saint-Ouen, du 15/12/24 au 15/12/25

Kim

dimanche 17 août 2025 à 06 h 45

Il faut 50 secondes à un avion pour tra­ver­ser le cadre de l’objet-abri, de droite à gauche. Il y a au moins 2 nuan­ces de jaune, 3 de rose, 2 de rouge dans les jar­dins asso­cia­tifs - pour les nuan­ces de vert, j’ai perdu le compte à 9, tra­ver­sée d’intran­cha­bles débats inter­nes sur si tel arbre a la même cou­leur que tel arbuste, ou s’il est habillé d’un vert légè­re­ment dif­fé­rent plus pâle. Je n’avais jamais compté aupa­ra­vant, les nuan­ces de cou­leur d’un jardin. Il y a des tour­ne­sols, des roses, des oeillets d’Inde, sans doute des capu­ci­nes, des toma­tes, peut-être bien des cour­get­tes, des choux et de la rhu­barbe ; mes connais­san­ces en hor­ti­culture sont déci­dé­ment bien pau­vres. Les jar­di­niers sont mati­naux. Un mon­sieur en veste rayée grise style bomber et cas­quette "de pépé" taille un arbuste, séca­teur en main. Clac, clac, clac. J’arrête de comp­ter à 30 coups. Je n’avais jamais observé un jar­di­nier en comp­tant le nombre de coups de séca­teur. Dans un arbuste, un CD sus­pendu à un fil, censé repous­ser les oiseaux, danse sous l’effet du vent léger. J’entends les oiseaux, je vois une pie se poser sur une bar­rière du jardin et des nuées d’autres vola­ti­les dans le ciel. Ils se dépla­cent en esca­drille, en duo ou seuls. Des habi­tants sem­blent se lever dans l’immeu­ble de gauche, mais ce que je prends pour de la lumière électrique n’est peut-être que le reflet du soleil sur les vitres. Le ciel n’est plus rose désor­mais. Des bruits de klaxon, des pas de jog­geurs, des femmes qui rient et dis­cu­tent dans une langue que je n’iden­ti­fie pas, le croas­se­ment des cor­beaux, des bruits de moteur de moto et de camions. Mes pieds me font mal, mon dos aussi un peu, je me redresse. Une lumière s’éteint dans l’immeu­ble. Des bruits de pas, c’est Pascal qui vient me libé­rer. Dans l’arbuste, le CDROM se balance encore.

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