
Kim
Il faut 50 secondes à un avion pour traverser le cadre de l’objet-abri, de droite à gauche. Il y a au moins 2 nuances de jaune, 3 de rose, 2 de rouge dans les jardins associatifs - pour les nuances de vert, j’ai perdu le compte à 9, traversée d’intranchables débats internes sur si tel arbre a la même couleur que tel arbuste, ou s’il est habillé d’un vert légèrement différent plus pâle. Je n’avais jamais compté auparavant, les nuances de couleur d’un jardin. Il y a des tournesols, des roses, des oeillets d’Inde, sans doute des capucines, des tomates, peut-être bien des courgettes, des choux et de la rhubarbe ; mes connaissances en horticulture sont décidément bien pauvres. Les jardiniers sont matinaux. Un monsieur en veste rayée grise style bomber et casquette "de pépé" taille un arbuste, sécateur en main. Clac, clac, clac. J’arrête de compter à 30 coups. Je n’avais jamais observé un jardinier en comptant le nombre de coups de sécateur. Dans un arbuste, un CD suspendu à un fil, censé repousser les oiseaux, danse sous l’effet du vent léger. J’entends les oiseaux, je vois une pie se poser sur une barrière du jardin et des nuées d’autres volatiles dans le ciel. Ils se déplacent en escadrille, en duo ou seuls. Des habitants semblent se lever dans l’immeuble de gauche, mais ce que je prends pour de la lumière électrique n’est peut-être que le reflet du soleil sur les vitres. Le ciel n’est plus rose désormais. Des bruits de klaxon, des pas de joggeurs, des femmes qui rient et discutent dans une langue que je n’identifie pas, le croassement des corbeaux, des bruits de moteur de moto et de camions. Mes pieds me font mal, mon dos aussi un peu, je me redresse. Une lumière s’éteint dans l’immeuble. Des bruits de pas, c’est Pascal qui vient me libérer. Dans l’arbuste, le CDROM se balance encore.