Témoignages

Année #3

Grand Parc de Saint-Ouen, du 15/12/24 au 15/12/25

Jessica

jeudi 5 juin 2025 à 20 h 49

Je suis venue obser­­ver le cou­cher de soleil et à la place j’ai regardé le jour s’éclipser der­­rière un rideau de pluie.
Face à moi, des jar­­dins ouvriers avec leurs petits mou­­lins à vent, secoués par la bour­­ras­­que. Hypnotique.
Sous le man­­teau nua­­geux au loin, on aper­­çoit les tours de la Défense. J’ai envie de souf­­fler sur les nuages pour les faire déguer­­pir. Tout ce que j’arrive à faire, c’est de la buée sur la vitre sous mon nez. J’ai pres­­que envie d’écrire "Jess was here". Mais je m’abs­­tiens.
Le gris crée comme un filtre, nous rap­­pelle que la réa­­lité est une ques­­tion de filtre, d’angle de vue.
Demain, avec un grand soleil et un ciel dégagé, la réa­­lité sera à la fois iden­­ti­­que et com­­plè­­te­­ment dif­­fé­­rente. L’ennui, for­­cé­­ment, surgit. Je fais les cent pas, observe ce qui se passe côté parc. Je guette les éventuels pas­­sants qui me diver­­ti­­raient. Soudain, il y en a un qui surgit, un peu loin, le télé­­phone vissé à l’oreille. Déçue, il ne m’a pas vue. Quelques ins­­tants plus tard, il repasse, plus près, télé­­phone tou­­jours scot­­ché à l’oreille. Trop près, je n’aime pas. Et s’il m’avait vue ?
Finalement, je me dis que je dois accep­­ter cet ennui, vivre l’ins­­tant pré­­sent car quand cette heure sera finie, elle sera défi­­ni­­ti­­ve­­ment finie, comme cette jour­­née qui touche à sa fin et ne revien­­dra jamais. Je décide de bais­­ser la garde, rendre les armes, occulter cette idée d’ennui, ou au contraire, l’embras­­ser. Au loin, les nuages se sont épaissis, les tours de la Défense ont, elles, été englou­­ties.

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