
Jessica
Je suis venue observer le coucher de soleil et à la place j’ai regardé le jour s’éclipser derrière un rideau de pluie.
Face à moi, des jardins ouvriers avec leurs petits moulins à vent, secoués par la bourrasque. Hypnotique.
Sous le manteau nuageux au loin, on aperçoit les tours de la Défense. J’ai envie de souffler sur les nuages pour les faire déguerpir. Tout ce que j’arrive à faire, c’est de la buée sur la vitre sous mon nez. J’ai presque envie d’écrire "Jess was here". Mais je m’abstiens.
Le gris crée comme un filtre, nous rappelle que la réalité est une question de filtre, d’angle de vue.
Demain, avec un grand soleil et un ciel dégagé, la réalité sera à la fois identique et complètement différente. L’ennui, forcément, surgit. Je fais les cent pas, observe ce qui se passe côté parc. Je guette les éventuels passants qui me divertiraient. Soudain, il y en a un qui surgit, un peu loin, le téléphone vissé à l’oreille. Déçue, il ne m’a pas vue. Quelques instants plus tard, il repasse, plus près, téléphone toujours scotché à l’oreille. Trop près, je n’aime pas. Et s’il m’avait vue ?
Finalement, je me dis que je dois accepter cet ennui, vivre l’instant présent car quand cette heure sera finie, elle sera définitivement finie, comme cette journée qui touche à sa fin et ne reviendra jamais. Je décide de baisser la garde, rendre les armes, occulter cette idée d’ennui, ou au contraire, l’embrasser. Au loin, les nuages se sont épaissis, les tours de la Défense ont, elles, été englouties.