
Guizlene
Qu’est-ce que je vais faire ici pendant une heure ? C’est la première pensée que j’ai eue en entendant la clé tourner dans la serrure. Le ciel est gris ce matin et je n’aurai pas de lever de soleil de rêve. Il va falloir trouver autre chose à contempler. D’abord les oiseaux, car je les entends aussi. Quelques moucherons qui passent juste devant la vitre. Une libellule vient aussi me dire bonjour. Le ciel ne bouge toujours pas. Je me demande à quoi servent les sacs poubelles.
Je regarde le nombre de fenêtres dont les lumières sont allumées. Une seule. Il y a aussi ce bâtiment en fond à droite dont les lumières clignotent. Bleu, puis rose, puis bleu encore.
Un bus passe au loin, puis deux, puis trois. Quelle est la fréquence de ce bus ? Cela me donnerait un indice sur le temps passé ici. Un joggeur fait un tour du parc, puis deux, puis trois et il s’arrête sur le côté pour faire des exercices de musculation. Puis plus rien. Pourquoi il ne fait plus rien ? J’ai besoin qu’il fasse quelque chose pour m’occuper.
Je me demande combien d’objets je pourrai citer après avoir quitté l’abri. J’apprends par cœur : 2 CD anti-pigeons, 3 moulins à vent, 4 arbres en fleur, 4 tours de La Défense, 15 immeubles d’habitation, 1 chaise longue, 1 poubelle bleue, 1 robinet jaune, 1 canette en bois... etc
Finalement le temps passe vite dans cet abri. Jean-François ouvre la porte et je lui dis : "déjà ?". Je serais presque restée un peu plus longtemps.