
Flora
L’odeur du bois est la première chose qui m’a frappée en entrant dans l’objet-abri. Puis sa chaleur, puis son acoustique, et enfin le cadre de lumière qui se reflète dans la vitre. En une heure, on a bien le temps d’observer chaque sensation, écouter tous les bruits, ressentir chaque partie du corps. Ce matin était plutôt calme dans les jardins potagers. Un ciel gris de novembre, pas de pluie ou de vent pour l’animer. Heureusement, une personne sur le terrain de basket a choisi cette heure-ci pour s’entrainer. Difficile de le rater avec son haut rouge, j’ai vécu avec lui, sans qu’il le sache, ses déceptions aux paniers ratés et ses victoires.
Un des aspects qui a été le plus dur pour moi dans cette veille aura été de ne pas bouger. Dans cet abri si grand, avec sa belle lumière, seule, on se croirait à la fois dans l’intimité de sa chambre et sur une scène face à un immense public. Là les exercices pour travailler sa présence furent utiles.
J’ai l’impression d’avoir appris à connaître cette ville différemment. Moi qui n’habite pas là, et qui n’y suis passée que quelques courtes fois, je serai maintenant liée à cette ville d’une certaine manière. Entre les trajets de métro et RER, les trottoirs foulés au pas de course, notre rapport aux enfants dans lesquels on évolue est particulier. On les traverse sans regarder, alors cette expérience aura su réancrer le corps dans l’espace et dans le présent.
Il est maintenant l’heure pour moi de commencer cette journée, après un moment qui m’a semblé long et contraignant au début (dans mon envie de bouger et de faire mille choses), mais qui fut finalement bien rapide à la fin.
Merci pour l’expérience, j’ai été ravie de participer à cette longue chaîne de veilleurs et de veilleuses. J’espère que ce projet continuera partout pour que tout le monde puisse se réapproprier sa ville.