
Evelyne
Rester une heure à ne rien faire, à observer. À observer quoi ? Ce que je connais déjà ? Je ne comprends pas l’intérêt de la situation. Donc, pour connaître, il me faut y aller.
J’ai choisi la veille de mon anniversaire, donc, de ma naissance. Comment était la lumière, la veille de ce 13 décembre ? Aujourd’hui le ciel est nuageux, des camaïeux de gris. Mais clair à mon arrivée, plus sombre à mon départ. Sans doute la même chose qu’en 1947 ? Me voici dans la cage ! Joli, ce ruban de lumière, mais bientôt je vais le trouver gênant. Il cadre mon champ visuel. Je veux m’en dégager, puis je vais m’y adapter.
Face au parc, je regarde une nature en sommeil. Quelques rares promeneurs, et quelques rares passants. Les corneilles et les pigeons ne sont pas effrayés par les moulins à vent. Finalement pas grand-chose à voir, ce qui m’encourage à un retour dans le passé. Les jardins de l’Alstom où ma mère a travaillé au secrétariat rue des Bateliers, la crèche, dont j’ai été le premier bébé, les jardins ouvriers où l’on allait aux beaux jours cueillir oseille et salade... Le terrain de sport où des décennies plus tard je pouvais faire courir mon chien.
Plus rien de tout cela, mais quand même mineur.
Côté rue, l’immeuble où j’ai eu mon premier enfant, un beau logement, lumineux, trop ensoleillé !
J’ai toujours regretté la jolie place ombragée qui se trouvait à cet endroit, rasée vers 1970. Le parc s’est modifié au fil des années. Vers 1960, à la fin du bail emphytéotique de l’Alstom, la ville a récupéré cet espace verdoyant et l’a ouvert au public avant travaux. Une jolie friche, des arbres, des buissons sauvages. En famille on s’est assis dans l’herbe ! Événement exceptionnel dans ce territoire urbain si dense et industriel ! L’heure se termine, les fenêtres autour s’éclairent. Un tout petit bébé dans sa poussette passe avec sa maman.