
Elise
Quand je suis arrivée tout à l’heure devant l’abri, avant le lever du soleil, deux personnes formaient au sol, sur la passerelle en bois menant à l’abri. J’ai été gênée de devoir les réveiller pour participer à ce projet artistique. Le sommeil est précieux. Je me suis dit que c’était eux les vrais veilleurs, ceux qui restent debout toute la nuit. Je me suis sentie un peu inutile. Première introspection.
Puis, je suis entrée dans l’abri, j’ai senti le bois, observé la différence acoustique avec l’extérieur. Les sons des oiseaux étaient toujours présents bien que atténués.
J’ai observé deux pies voler avec une corneille, trois perruches, une coccinelle qui est restée tout le temps de la veille sur la vitre, en regardant dans le jardin.
J’ai entendu un pouillot véloce, quelques coureurs, un à plusieurs camions poubelles ; et je me suis sentie, à nouveau, bien inutile.
Merci pour cette expérience qui interroge sur le sens de la vie. Je me demande : "à quoi bon ?". Mais que ce n’est pas la bonne question. Cet abri m’a permis d’expérimenter et d’apprivoiser ce sentiment d’inutilité, et peut-être de l’apprécier, un peu, car ce vide permet en fait de découvrir l’invisible, ce et surtout ceux que l’on ne voit pas. Les veilleurs, ceux qui veillent sur nos villes car ils n’ont pas d’autre choix.