
Cassandre
J’entre dans l’abri, il fait chaud. Le soleil me fait face, il m’éblouit. J’enlève une à une mes couches de vêtement, je suis maintenant prête à veiller sur Saint-Ouen. L’odeur du bois est douce mais forte, je m’approche de la vitre, devant moi c’est vert, les potagers sont rangés, délimités par des petites clôtures. Il y a toutes sortes d’objets : des chaises en plastique, des sacs de terre, des épouvantails. Dans mon dos, des passants curieux se demandent qui je suis, je me sens comme un oiseau perché, silencieuse, intouchable, observant ce qui s’agite. Moi aussi je suis agitée, au début je cherche différents points de vue, j’ajuste la posture de ma colonne puis j’enlève mes chaussures. Au fil du temps, auquel je ne pense pas, mon corps est envahi par une lenteur agréable qui me permet d’observer chaque détail. À ma gauche, un match de basket. L’adolescent en t-shirt rouge semble être le leader. Leurs ombres les suivent de près. En face, deux enfants jouent. Un homme arrive, me regarde puis me photographie. On se voit. Trois autres curieux m’observent, ils me déconcentrent. Je retourne à mon match. 3-0 pour t-shirt rouge, il ne se cache pas d’être le meilleur, célébrant chacun de ses paniers par une danse bondissante. Les quatre indiscrets sont partis. Un sac poubelle découpé en lamelles donne à cette branche des airs de princesse, imperturbable alors que le vent agite ses cheveux. Au ciel, un avion doublé par deux oiseaux. L’un des deux bambins est encore là. Il est occupé, son action semble la plus importante pour nos quatre yeux. Il me regarde, ou peut-être est-ce le tournesol multicolore qui attire son attention. J’ai chaud, mes extrémités sont moites, mon souffle profond. Le soleil est passé de l’autre côté de la colonne qui surplombe l’immeuble. Les basketteurs ne sont plus éclairés, leurs ombres ont pris la fuite. L’enfant est parti, le soleil se couche. Il est temps pour moi de quitter mon abri.
En face, la princesse s’est endormie.
Je salue le bois, l’herbe, le verre, le métal et les couleurs qui ont veillé sur moi.