Témoignages

Année #3

Grand Parc de Saint-Ouen, du 15/12/24 au 15/12/25

Cassandre

jeudi 6 mars 2025 à 17 h 42

J’entre dans l’abri, il fait chaud. Le soleil me fait face, il m’éblouit. J’enlève une à une mes cou­­ches de vête­­ment, je suis main­­te­­nant prête à veiller sur Saint-Ouen. L’odeur du bois est douce mais forte, je m’appro­­che de la vitre, devant moi c’est vert, les pota­­gers sont rangés, déli­­mi­­tés par des peti­­tes clô­­tu­­res. Il y a toutes sortes d’objets : des chai­­ses en plas­­ti­­que, des sacs de terre, des épouvantails. Dans mon dos, des pas­­sants curieux se deman­­dent qui je suis, je me sens comme un oiseau perché, silen­­cieuse, intou­­cha­­ble, obser­­vant ce qui s’agite. Moi aussi je suis agitée, au début je cher­­che dif­­fé­­rents points de vue, j’ajuste la pos­­ture de ma colonne puis j’enlève mes chaus­­su­­res. Au fil du temps, auquel je ne pense pas, mon corps est envahi par une len­­teur agréa­­ble qui me permet d’obser­­ver chaque détail. À ma gauche, un match de basket. L’ado­­les­­cent en t-shirt rouge semble être le leader. Leurs ombres les sui­vent de près. En face, deux enfants jouent. Un homme arrive, me regarde puis me pho­­to­­gra­­phie. On se voit. Trois autres curieux m’obser­­vent, ils me déconcen­­trent. Je retourne à mon match. 3-0 pour t-shirt rouge, il ne se cache pas d’être le meilleur, célé­­brant chacun de ses paniers par une danse bon­­dis­­sante. Les quatre indis­­crets sont partis. Un sac pou­­belle découpé en lamel­les donne à cette bran­­che des airs de prin­­cesse, imper­­tur­­ba­­ble alors que le vent agite ses che­­veux. Au ciel, un avion doublé par deux oiseaux. L’un des deux bam­­bins est encore là. Il est occupé, son action semble la plus impor­­tante pour nos quatre yeux. Il me regarde, ou peut-être est-ce le tour­­ne­­sol mul­­ti­­co­­lore qui attire son atten­­tion. J’ai chaud, mes extré­­mi­­tés sont moites, mon souf­­fle pro­­fond. Le soleil est passé de l’autre côté de la colonne qui sur­­plombe l’immeu­­ble. Les bas­­ket­­teurs ne sont plus éclairés, leurs ombres ont pris la fuite. L’enfant est parti, le soleil se couche. Il est temps pour moi de quit­­ter mon abri.
En face, la prin­­cesse s’est endor­­mie.
Je salue le bois, l’herbe, le verre, le métal et les cou­­leurs qui ont veillé sur moi.

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