
Brice
Encapsulé dans ce référentiel organique immobile, je me retrouve au milieu d’un monde qui ne m’appartient plus. Derrière, le crissement des poussettes dans le gravier. À gauche, les acrobaties presque nuptiales des adolescents qui jouent au basket. Devant moi, des parcelles de potager dans lesquelles grouillent des enfants et leurs parents, comme une promesse de cultiver un avenir meilleur. En arrière-plan, une escouade de tours solides et silencieuses surveillent la scène. Sur la droite, le soleil commence déjà sa course vers le sol. La bleuté intense du ciel met une pression supplémentaire à l’astre.
Cette course change lentement la palette de couleurs de la ville pour montrer un camaïeu de jaune dans le ciel. Soudain, un énorme feu de camp jaillit et crache d’épaisses nuées de fumée blanche. Ces volutes se transforment en de menaçants dragons violets-carmins en filigrane qui laissent les tours monochromes sans voix.
De nombreux autres événements banals se produisent durant la descente du soleil : des hirondelles fendent l’air d’un air assuré, une femme fait des arts martiaux, un homme soulage discrètement sa vessie, les basketteurs amateurs se retirent du stade, je recule, je sors de ce cocon et le cycle de ma vie reprend son cours.