Témoignages

Année #3

Grand Parc de Saint-Ouen, du 15/12/24 au 15/12/25

Anne-Louise

vendredi 14 février 2025 à 08 h 00

Ce matin, j’ai vu la lune s’estom­­per, puis dis­­pa­­raî­­tre. La lune n’existe plus tant que je ne la vois pas. Le ciel est immense, face à moi.
Est-il bleu ? Est-il gris ? Est-il rose ?
Dans le jardin, en bas, un vieux mon­­sieur ramasse des bal­­lons en forme de let­­tres que je devine avoir formé "HAPPY BIRTHDAY". J’essuie la buée sur la vitre. D’abord juste au niveau de mon regard. Puis avec le dos de mon gant, je fais un cercle plus grand. Le ciel s’éclaircit. Derrière moi, j’entends les gra­­vil­lons qui cris­­sent sous les roues d’une pous­­sette et le flot inces­­sant du trafic. J’essuie la buée, encore. Je ne sais pas si c’est pire d’y tou­­cher ou s’il vaut mieux la lais­­ser et elle va dis­­pa­­rai­­tre toute seule, comme la lune. Je per­­çois le vent parce qu’il joue dou­­ce­­ment avec des mor­­ceaux de plas­­ti­­que coin­­cés dans un arbre. Un figuier, peut-être. Mais je ne suis pas sûre, il n’y a pas de feuilles. Le soleil com­­mence à accro­­cher le haut des immeu­­bles en face. Il les enve­­loppe d’une cou­­ver­­ture dorée. On dirait pres­­que une lumière de soir d’été. En bas de la cabane, une dame seule passe entre les carrés de pota­­ger. Puis deux per­­son­­nes qui cou­­rent ensem­­ble. Je ne sais plus com­­ment passe le temps. J’essuie de nou­­veau la buée. Je n’ai pas envie de m’asseoir, ni de m’appuyer. Je regarde une pie et un vol de pigeons. Quand on dit un vol, on parle du groupe ou de l’action ? Je pense à des choses tri­­via­­les. Tiens, il fau­­drait que je net­­toie mes chaus­su­res. Ça serait bien que j’appelle Léo ou Sarah. Le soleil dépasse enfin le haut de l’immeu­­ble de gauche et atteint la pelouse. C’est un ciel sans nuage. Je n’arrive tou­­jours pas à dire s’il est bleu ou rose. Il est doux. J’entends les petits pas sur les plan­­ches de la per­­sonne qui vient me cher­­cher. Ça fait une heure, vrai­­ment ? Elle toque. Le bruit de la ville s’engouf­­fre dans la cabane quand elle ouvre la porte. J’ai de la chance, le jour s’est bien levé et c’est une très belle jour­­née qui com­­mence.

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