
Anne-Louise
Ce matin, j’ai vu la lune s’estomper, puis disparaître. La lune n’existe plus tant que je ne la vois pas. Le ciel est immense, face à moi.
Est-il bleu ? Est-il gris ? Est-il rose ?
Dans le jardin, en bas, un vieux monsieur ramasse des ballons en forme de lettres que je devine avoir formé "HAPPY BIRTHDAY". J’essuie la buée sur la vitre. D’abord juste au niveau de mon regard. Puis avec le dos de mon gant, je fais un cercle plus grand. Le ciel s’éclaircit. Derrière moi, j’entends les gravillons qui crissent sous les roues d’une poussette et le flot incessant du trafic. J’essuie la buée, encore. Je ne sais pas si c’est pire d’y toucher ou s’il vaut mieux la laisser et elle va disparaitre toute seule, comme la lune. Je perçois le vent parce qu’il joue doucement avec des morceaux de plastique coincés dans un arbre. Un figuier, peut-être. Mais je ne suis pas sûre, il n’y a pas de feuilles. Le soleil commence à accrocher le haut des immeubles en face. Il les enveloppe d’une couverture dorée. On dirait presque une lumière de soir d’été. En bas de la cabane, une dame seule passe entre les carrés de potager. Puis deux personnes qui courent ensemble. Je ne sais plus comment passe le temps. J’essuie de nouveau la buée. Je n’ai pas envie de m’asseoir, ni de m’appuyer. Je regarde une pie et un vol de pigeons. Quand on dit un vol, on parle du groupe ou de l’action ? Je pense à des choses triviales. Tiens, il faudrait que je nettoie mes chaussures. Ça serait bien que j’appelle Léo ou Sarah. Le soleil dépasse enfin le haut de l’immeuble de gauche et atteint la pelouse. C’est un ciel sans nuage. Je n’arrive toujours pas à dire s’il est bleu ou rose. Il est doux. J’entends les petits pas sur les planches de la personne qui vient me chercher. Ça fait une heure, vraiment ? Elle toque. Le bruit de la ville s’engouffre dans la cabane quand elle ouvre la porte. J’ai de la chance, le jour s’est bien levé et c’est une très belle journée qui commence.